Constellation
« La combinaison de quelques mots suffit parfois à orienter notre vie » (Antonio Tabucchi)
Vérification du test de la page 69 de Marshall McLuhan avec deuxième chance accordée à la page 114.
Le test de McLuhan préconise d'ouvrir un livre directement à la page 69 pour savoir s'il va nous plaire.
Ça marche très souvent mais quitte à préjuger des qualités autant aller plus loin.
« La combinaison de quelques mots suffit parfois à orienter notre vie » (Antonio Tabucchi)
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Trêve de plaisanteries, passons à un auteur sérieux. Enfin je veux dire un mec qui en a dans la plume et dans les tripes, du calibre tel que la simple évocation de son blaze nettoie à sec le moindre souvenir de la valetaille qui ose aujourd'hui se la ramener sous l'étiquette littérature. Dans Mort à crédit Céline plonge plus profondément dans l'autobiographie. Il est l'écrivain "énervé" par excellence, celui qui a tellement sur le cœur qu'on le ressent direct dans la puissance de ses mots. C'est d'ailleurs presque devenu un cliché que de dire que la découverte de Céline c'est comme se prendre un direct en pleine poire. Ou un uppercut dans le bide. En tout cas une expérience qui tranche violemment avec la jolie littérature telle qu'on nous l'apprend, plutôt telle qu'on nous l'inculque de force depuis les premières poésies à annoner naïvement jusqu'à l'étude en long en large et ad nauseam des œuvres bien policées de Flaubert ou Zola pour le bac français (hé oui, Mme Bovary ou Thérèse Raquin ça choquait le bourgeois il y a 150 ans). Dernière parenthèse avant le gong j'ai trouvé facilement Mort à Crédit en téléchargement gratuit. J'entends, pas en allant chiner chez les 'usual suspects' de la "piraterie". En tout cas j'étais étonné qu'il soit dans le domaine public... ou que des fans prennent le risque parce que l'édition Folio (la plus abordable donc) est expurgée d'un certain nombre de termes jugés choquants ! Dès l'incipit le style de Céline fait son travail. Les phrases s'enchainent comme un torrent d'émotions trop longtemps restées enfouies. Elles s'entrechoquent nerveusement, on est décidément bien plus dans un sorte de pointillisme virulent que dans la littérature de papa toute proprette avec leur train-train d'idées et de tournures narratives sans surprise. Après une telle entrée en matière quel esprit étroit n'aurait pas envie de plonger plus loin, d'être pris de cette ivresse des profondeurs de l'âme de l'auteur ? A quoi bon minauder pour renifler la page 69, 79, 99 ou 599 ? (oui c'est un pavé, qui se dévore plus qu'il ne se lit vite comme j'aurais plutôt tendance à dire pour le polar que j'ai lu en septembre, mais vraiment aucune comparaison possible niveau plaisir de lecture) Je le fais néanmoins pour l'exemple, et d'ailleurs cela montre les limites de l'exercice d'échantillonnage littéraire (Gide ne me contredirait pas). Lire à froid la page 69 (ici : début du mouvement consacré à leur horrible voisine, Mme Mahon) c'est tomber au milieu du fil narratif et potentiellement être rebuté par la description sordide (mais un sordide flamboyant à la différence de Gorgone-Zola, pour reprendre l'expression de Nietzsche) de l'enfance de Louis-Ferdinand Destouches. Sordide anecdotique, oui c'est la punition de qui veut prendre Céline avec des pincettes, alors que franchement, se limiter à une page de Céline prise au hasard c'est accepter de juger un chef sur des clichés de ses plats. La page 114 (épisode picaresque avec l'oncle Arthur dans l'édition citée) est plus "vendeuse" en ce sens, mais à froid, être jeté au milieu d'un ouvrage de Céline c'est prendre le risque d'être rebuté pour longtemps par la baignade. Non, vraiment, le test qui fait l'objet de ce blog prend son sens en ce qu'il s'agit de se faire une opinion sur le livre en 1 page et de voir si cette opinion est confirmée plus loin. En revanche il ne s'agit pas pour autant de juger un livre à la va-vite. Il faut surtout prendre le temps de voir si l'auteur a du style (en ce qui me concerne du moins) et si le livre ne tourne pas en rond sur le même tempo, les mêmes personnages, la même mécanique déclinée jusqu'à avoir pissé 200 pages (c'est les specs des éditeurs, en dessous ça ne fait pas sérieux, donc je suis très dubitatif quand je vois l'essentiel de la production littéraire plafonner à 200-220 pages). Normalement pour un auteur précédé par sa réputation, comme ça doit être le cas de Céline, pas besoin de test. Mais il faudra bien que nos prochains grands auteurs passent ce test à froid avant de tenir une réputation !
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on pouvait le faire brutal, cynique, genre « je chie sur vous du haut de mon fric » ; on pouvait aussi le faire artiste révolté (mais quand même riche) poursuivant un travail angoissé sur la mort ; il y avait enfin dans son visage quelque chose de sanguin et de lourd, typiquement anglais, qui le rapprochait d’un fan de base d’Arsenal.Alors oui cette dernière comparaison complètement aux ras des pâquerettes ne le concerne pas directement mais elle illustre parfaitement le fait que Monsieur Houellebecq n'a peur de rien.
(il chercha à nouveau ses mots, c’est l’inconvénient avec les polytechniciens, ils reviennent un peu moins cher que les énarques à l’embauche, mais ils mettent davantage de temps à trouver leurs mots ; finalement, il s’aperçut qu’il était hors sujet)et juste avant ce passage à la même page 69 la description grotesque :
Il se redressa d’un coup sur son canapé, fugitivement Jed eut l’impression qu’il allait sauter à pieds joints sur la table basse et se frapper la poitrine des poings dans une imitation de Tarzan ; il cligna des yeux pour chasser la vision.Le jugement impitoyable peut défier la logique et être très superficiel, c'est son côté définitif et clinglant qui fait mouche. La comparaison grotesque est en revanche plus nettement dans le n'importe quoi, et là franchement, à part le fan de base de Michel Houellebecq (qui a, comme chacun sait, quelque chose de sanguin dans les contradictions et d'acerbe dans la critique facile, typiquement français), on peut faire la moue devant ces indications visuelles approximatives introduites à grand coups de cymbales.
« Alors, qu'est-ce que ce roman [La Carte et le territoire] offre de nouveau ? [...] Des bavardages sur la condition humaine, une écriture affectée qui prétend à l'épure [...]. »
Tahar Ben Jelloun
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Non, ce n'est pas une allusion à Tintin (ou, plus probable, à Blake et Mortimer), c'est le titre du dernier Chuck Palahniuk. Je n'avais rien lu de lui avant, juste subi l'adaptation ciné de Fight Club. Mon a priori : auteur branchouille dans le pur style énervé limite nihiliste qui se vend bien à notre époque (comme Houellebecq chez nous, et Salinger avant eux).
PREMIER TEST E-BOOK
J'ai commencé cet été à lire sur mon Nook Color avec Liar's Poker, un bon bouquin sur la flambée de la haute finance dans les années 80 qui peut aider à remettre en perspective la situation actuelle pour les plus jeunes. Mais je n'avais toujours pas fait le test dans mes lectures numériques.
PROPHETIE AUTOREALISATRICE
Autre aparté qui va devenir la règle : le prix du ebook. 6 euros pour Liar's Poker ça fait encore cher pour un bouquin sorti il y a 22 ans. Pour Damned Amazon le met à 11 euros. C'est le même prix que la version poche (papier) sur thebookdepository.co.uk (livraison gratuite en France aussi) : tant pis, dans chaque cas les versions piratées sont à 2-3 clics de là.
Comme pour les banques qui retirent leurs investissements de peur que le marché ne soit plus assez liquide/solide, c'est une belle prophétie auto-réalisatrice à laquelle les éditeurs se préparent. Ebooks au même prix que le papier de peur qu'il y ait cannibalisation/pour prendre de l'avance sur le manque à gagner des téléchargements gratuits, donc prix qui incitent à aller voir ailleurs que l'offre légale-prix-unique en décalage complet avec les nouveaux modes de consommation du numérique.
BREF : DAMNED, p.69 & p.114
Tout ça pour dire que j'ai été incité à lire Damned par cette critique du New York Times qui avait l'air de dire que Chuck Palahniuk s'était repris après une récente production en chaine peu folichonne. Sauf que, comme avec les bandes-annonces au cinéma, les meilleurs morceaux isolés donnent une image fausse de l'ensemble. Quand on n'est pas rodé à ça on se fait avoir. C'est pareil avec les critiques littéraires, il faut savoir lire entre les lignes et en aucun cas ne faire confiance à un tiers (surtout pas un journaliste) pour faire un sondage rigoureux.
La page 69 n'est pas exactement représentative des pages précédentes (oui j'ai triché, j'ai déjà lu le début du roman), mais le style est là. Comme tout a la forme d'un journal intime de l'héroïne Madison Spencer, la page est représentative. Mais, comme j'ai triché je peux le dire, les descriptions sont moins dans le grotesque glauque de l'héroïne en Enfer (l'essentiel des 70 premières pages) puisqu'elle revient sur sa vie terrestre. Il n'en reste pas moins que le lecteur expérimenté retrouvera dans l'exercice de style "je me lâche par la voix d'une ado de 13 ans" quelque chose de vain et prétentieux sur la durée d'un roman (pas intrinsèquement prétentieux, mais surtout ajouté au fait que cette ado est morte et déblatère sur son expérience de la vie dans ce contexte farfelu et scatologique, comme une blague d'ado, de l'Enfer vu par l'auteur).
La page 114 s'impose donc. Là encore on est dans les réflexions de Madison Spencer plus que dans la lourde description de l'Enfer par un auteur aux idées engourdies par la société US. Madison approfondit une critique virulente de sa mère. Dit comme ça, rien de particulièrement rebutant, mais encore une fois il faut voir que c'est une approche faite pour être délayée sur tout le roman. D'où la pertinence de faire le test sur 2 pages. Dans notre cas 69+114 rien de particulièrement passionnant, ni énervant à froid, à déceler dans la linéarité de la narration plafonnée au niveau d'une adolescente énervée. Avec un peu de perspective, cette adolescente est énervée comme tous ces auteurs dont le fond de commerce consiste à cracher dans la soupe de la société de consommation. Et les critiques littéraires se pâment en trouvant ça profond.
Le pire étant que d'après l'historique des ventes numériques sur Amazon, les ebooks ne vont pas tirer la production vers le haut.
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viktor
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Pour résumer la longue analyse des infos disponibles sur le web pour savoir si je franchirais le pas, c'est la polyvalence qui m'a décidé. Pour cette même raison, validée par le marché US aux dépends d'Amazon, qu'une liseuse-tablette de 7" (donc écran LCD) est une bien meilleure proposition de valeur qu'une liseuse avec navigateur web expérimental (encre électronique, pas de rétro-éclairage, donc la meilleure expérience de lecture). Et Barnes & Noble avec son Nook Color était tout seul sur ce marché. Je ne regrette d'ailleurs pas cet acquisition avec l'arrivée du Kindle Fire car je reproche toujours à Amazon son format et sa boutique fermés, ce que le Kindle Fire ne va que renforcer. En attendant de juger sur pièces les 2 concurrents américains, il n'y a pas photos
Le Nook Color lit le format standard de eBook (.epub) ainsi que le format mobipocket (.mobi), le pdf, etc. Étant à la base une tablette Android (2.2 puis 2.3) avec une sur-couche constructeur on a toujours la possibilité, non négligeable quoique réservés aux connaisseurs, de "rooter" la tablette pour y mettre l'OS Android nu, par exemple la dernière version 'Ice-cream Sandwich' (3.1). Personnellement je n'ai pas envie de rentrer dans cette bidouille, l'interface B&N répondant parfaitement à mes besoins en termes d'ergonomie et de réactivité : "if it ain't broke, don't fix it!".
Calibre est mon logiciel de choix pour gérer ma bibliothèque d'eBooks, et surtout pour convertir des fichiers PDF (image) en epub (ou mobi) ou encore des fichiers Kindle (azw). Comme je ne peux pas acheter depuis la librairie en ligne Barnes & Noble (bn.com) sans avoir d'adresse US je suis obligé de me débrouiller autrement. Téléchargements gratuits évidemment, mais j'ai aussi testé la boutique Kindle du site US.
Il fallait s'y attendre le livre acheté (The Box, un recueil de nouvelles, décevantes, de Richard Matheson) est protégé par des DRM. Korben est fan du Kindle mais pas de la Fnac, mais il pourrait aussi bien critiquer les DRM Amazon. Autant ses remarques ont permis à la Fnac d'améliorer leur site en précisant les DRM, autant pour Amazon je crois qu'on peut rêver(. Encore pour un livre acheté, pour lequel Amazon me force à avoir un Kindle ou une application Kindle pour recevoir la commande, on peut comprendre même si la pratique est énervante (et pousse donc au téléchargement gratuit). Mais là où je ne suis plus prêt à rien pardonner à Amazon c'est que le téléchargement gratuit de livres dans le domaine public donne des fichiers Kindle protégés par des DRM. Ca a été le cas pour Tom Sawyer/Huckleberry Finn (Mark Twain) et A Tale of Two Cities (Dickens) : il a fallu que je trouve un logiciel qui dégage les DRM. Autant dire que je ne vais pas souvent aller acheter des livres sur Amazon.
Convaincu par mon expérience de lecture numérique j'ai vite réfléchi à acquérir une liseuse à encre électronique.