Les Noces de Terre
Cas particulier : un petit éditeur tout nouveau, tout beau (La Giberne) utilise ses armes (les réseaux sociaux) pour se faire sa place sur un marché verrouillé. Problème : à force de vouloir créer le "hype" et parler de "banger" à tout va, l'hyperbole se démonétise au fil des publications et bientôt plus vite que l'adoption d'un anglicisme dans un monde littéraire assiégé par les zombies digitaux. Jusqu'à présent aucun critique bien établi n'a daigné s'abaisser à parler d'un roman de La Giberne et la seule conclusion qu'on puisse en tirer c'est qu'aucun roman n'a fait assez de bruit pour être incontournable dans les medias traditionnels.
Pour créer le "hype" et essayer de faire un peu de bruit on peut tenter une petite mystification. Pas trop grosse parce que l'objectif "hype" reste la priorité, donc on va faire dans la mystification potache intello. J'avoue avoir mordu à l'hameçon pour les Noces de terre où le pipo marketing nous vante donc un authentique récit chinois. La (très) filandreuse histoire de la découverte de ce manuscrit inédit aurait dû me mettre la puce à l'oreille mais j'avais juste noté le roman dans ma liste de lecture. Sans avoir pu procéder à mes tests d’échantillonnage malheureusement, ce qui fait encore plus reposer l'achat sur la confiance dans les arguments du vendeur, mais en l'occurrence la simple note de l'auteur en tête d'ouvrage, complètement foutraque, aurait suffit à démanteler la promesse d'authenticité.
La page 69 nous plonge dans l'aspect psychopathologique de la personnalité du narrateur. Difficile d'imaginer qu'on ait envie de lire un roman complet dans cette veine (Le journal d'un fou, qui est la référence appuyée ici, est nettement plus court... et cohérent) mais cela peut attiser la curiosité puisque cela semble converger vers la trame principale qui nous est décrite en présentation.
La page 114 est plus intéressante à plus d'un titre. D'abord le style y est quelconque. On a bien la tonalité célinienne over-hypée mais elle est reléguée au second plan par une tendance naturelle de bon élève du système scolaire français à faire des phrases. Il y a aussi ces double renvois pour de simples unités de mesure chinoises traditionnelles (si c'est pour un jeu de piste, ça n'amuse que l'éditeur) et enfin une ellipse pour un prétendu passage illisible dans le manuscrit... alors qu'il n'y a visiblement aucune saute de rythme narratif dans le passage.
Bilan : la page 114 nous en apprend bien plus sur ce que ce roman a dans le ventre. Et c'est d'autant plus marquant que la trame principale, macabre, du récit ne démarre qu'à la moitié des 322 pages
