mercredi 13 avril 2011

Le Crime de Sylvestre Bonnard

Jean-Marc Proust sur slate.fr concluait sur cette question essentielle, après l'analyse brute des chiffres du commerce du livre des auteurs français :

Homère 115.000 [exemplaires vendus en 2010]: pas mal pour un auteur de la fin du VIIIe siècle avant JC.

Euh, dites-moi, Monsieur Lévy, combien vendrez-vous de livres dans… 29 siècles?
Alors oui, Marc Lévy n'a aucune chance de passer pour un auteur classique dans les années à venir. Mais j'imagine qu'il se console des critiques de son talent de marchand de papier avec les lignes de ses comptes en banque. Ceci dit, a contrario, un auteur reconnu pour son talent d'écrivain à une époque ne va pas forcément mieux passer l'épreuve du temps. Comme nous l'allons voir tantôt.

Anatole France, voilà un nom qui respire bon la France, ses traditions littéraires, sa terre qui ne ment pas et sa souche d'éducation nationale de la IIIe République. Oui, il a un peu triché parce que ce n'est pas son vrai nom, mais ce monsieur qu'on retrouve encore dans l'enseignement primaire sur quelques textes est estampillé Académicien français et Prix Nobel de Littérature (1921), s'il vous plait. Mais que reste-t-il aujourd'hui du brave et consciencieux nanatole ?

Je suis tombé par hasard ce week-end sur Le Crime de Sylvestre Bonnard, titre qui lui aussi fleure bon la littérature de (grand) papa. Pris par surprise d'un auteur dont je n'ai même pas le souvenir d'un texte précis ou d'un ouvrage majeur, je n'ai même pas songé à procéder au test de la page 69 (ou 99 ou 114). Ce qui me rassure d'ailleurs car il serait triste que ce réflexe mécanique, genre déformation professionnelle de tâcheron de la critique, prenne le pas sur le premier regard naïf du lecteur lors d'une rencontre avec un livre. Pas d'a priori donc, mais juste la curiosité de voir ce qu'Anatole France avait dans le plumier. Soit dit en passant je pense que tout amateur de littérature doit pouvoir être avant tout un amoureux du livre (et sans être un fétichiste, vive les opportunités offertes par le livre électronique) : il trouve d'abord un livre qu'il convoitait, qu'il désirait, ou simplement qu'il rencontre par hasard ; ensuite la magie se prolonge ou pas au fil des pages. La rencontre avec une histoire, un état d'esprit, un auteur n'a pas forcément lieu, mais à la base il y a simplement cet état d'esprit porté vers la découverte, vers l'autre, mais contrairement au quotidien, dans un démarche purement intellectuelle puisque tout va passer par des mots, des sensations et des idées, et le talent d'un écrivain pour faire glisser ces mots dans le sens voulu.

Le Crime de Sylvestre Bonnard est censé être le livre qui apporte à Anatole France la notoriété. L'ouvrage est d'ailleurs couronné par l'académie française (pour ce que ça signifie, aujourd'hui comme cent ans en arrière). J'ai commencé à le lire sans a priori donc, et c'est parvenu à une trentaine de pages que je me suis dit que je m'ennuyais ferme. L'incipit est ronronnant, comme le chat Hamilcar du narrateur, et comme le narrateur lui-même, vieil érudit qui peut tout à loisir cultiver son obsession pour tel ou tel pan vermoulu de littérature. Franchement, cette littérature là est miteuse : contexte inexistant, par la force d'un personnage vivant dans son monde étriqué, et potentiel dramatique ridicule confinant au faits-divers plus gênant que curieux.

Soit, j'aurais peut-être dû commencer par la page 69 (que je n'ai même pas atteinte 3 jours plus tard). Le roman s'y améliore-t-il significativement ? Non. Le narrateur nous décrit sa journée, les détails ne sont pas franchement intéressants. Dans le passage en question on le sent motivé par un but précis, mais tout cela ne sort pas du style "pedestrian" comme on dit en anglais : l'auteur nous emmène pour une vague promenade sur un rythme pépère avec un décor qui change régulièrement, mais pas trop. Rien d'imprévisible, tout arrive à point nommé.

Page 114 ? De pire en pire. Considérations oiseuses, générales donc sans profondeur, sur l'amour des autres. Le vieil Anatole nous emmerde comme une séance du dictionnaire à l'académie. Ah, sûr qu'il y avait sa place !

Conclusion : je ne pourrais jamais avoir l'objectivité de "découvrir" un best-seller de Marc Lévy ou autre. Les titres et l'iconographie des couvertures me rebutent, les histoires racontées me semblent du vent. Un vent chaud et humide peut être bien agréable pour des lectrices qui ont à tout prix besoin de s'occuper l'esprit avec des bons sentiments, des demi-questions et des semblants de réponse. Je ne suis pas dans la cible, point. Pour ce qui se prend plus pour de la littérature, j'ai déjà abordé le cas Houellebecq ici. J'ai lu 2 de ces premiers romans, son style énervé de Céline alternativement sous Prozac et Viagra lui a valu un succès et surtout une reconnaissance qui va bien au delà de son talent. Donc l'animal se complait depuis bien longtemps dans sa position d'intellectuel patenté, un label attribué à vie chez nous, quelles que soient les preuves d'esbrouffe et de décrépitude qui s'accumulent. Mais une fois qu'il aura arrêté d'écrire et de parler (malheureusement il faut craindre qu'il continue jusqu'à ce que mort s'ensuive), Houellebecq rejoindra vite Anatole France au cimetière des éléphants.

lundi 14 mars 2011

Down and Out in Paris and London

Je n'avais rien lu d'Orwell depuis 1984 et Animal Farm. Les livres de l'écrivain réellement talentueux - talentueux par delà l'énergie brute qu'il parvient à transmettre à la page comme un Céline, ou un John Fante, talentueux, beaucoup plus, qu'un Zola ou un Dos Passos dont les récits sont trop construits, trop élaborés jusque dans la manipulation des émotions que doit ressentir le lecteur - l'écrivain réellement talentueux, donc, peut être lu dès qu'on a l'âge de tourner 3 pages sans ouvrir le dictionnaire. C'est le cas de Maupassant, dont l'apparente simplicité du talent l'a beaucoup fait mépriser, jusqu'à nos jours en fait où la simplicité extrémiste, la naïveté confondante du style sont prises pour du talent par une profession consanguine d'aigris qui aime la médiocrité qui se situe à son niveau, voire un peu en-dessous. Orwell, lui, sait regarder la beauté et l'horreur du monde, la lire, l'absorber, et la retranscrire simplement. Ses écrits sont profondément pessimistes, mais bien plus humains, moins artificiels que le sordide d'un Zola (gorgone-Zola comme l'appelait Nietzsche) ou les tourments masturbo-intellos d'un Houellebecq.

George Orwell n'a pas écrit que ces deux chefs d'œuvre. Et déjà 2 chefs d'oeuvre pour un seul auteur, c'est bien la preuve qu'il est un peu plus qu'un plume qui en a sur la conscience/gros sur le coeur/la patate. Même si la thématique de l'analyse du pouvoir totalitaire est la même, on a une fable presque primesautière et un roman noir. Quand j'étais ado je préférais Brave New World d'Aldous Huxley, plus amusant, version SF de l'Utopie de Thomas More avec un peu de satire. Mais ce qu'il reste pour moi aujourd'hui du Meilleur des Mondes c'est un vieux bouquin de SF.

Le suivant dans ma liste de lecture était le moins directement politique de ses écrits, mais plus personnel aussi puisqu'il est autobiographique. Penser que cet Auteur ait vécu dans la dèche, alors que maintenant certains journaleux recherchent un Pulitzer par ce genre d'expérience d'immersion contrôlée sous le seuil de pauvreté, cela a déjà de quoi susciter la curiosité. Et puis on a tellement du mal à voir la vraie pauvreté de notre époque, juste gênés par les poivrots puants ou les mendiants professionnels qui quadrillent rue et rames de métro, malgré des faits divers sordides qui feraient passer l'Assommoir pour du Barbara Cartland, malgré toutes les petites horreurs qu'on peut imaginer à travers le peu que les media mettent proprement en scène... ou plutôt, non, seul le talent d'Orwell compte.

Commençons vraiment comme le veut le test (pour moi de la page 69, doublé de la 114, pour d'autres de la 99), par lire cette échantillon aléatoire de la pagination. Dans mon édition Penguin il s'agit de la première page du chapitre XIII qui démarre sur l'explication enlevée sur la règle du port de la moustache dans les hôtels parisiens. Style limpide, récit à la première personne qui se concentre à décrire ce qui est vu et perçu, pour transcrire l'expérience et surtout pas analyser et se laisser aller à une lourde sagesse rétrospective plombée de paternalisme. Test réussi haut la main, et j'insiste que j'ouvre ce livre en sachant qu'Orwell sait écrire très bien, mais sans inclination aucune à l'indulgence. De même que Desproges disait que la principale caractéristique d'un ami c'est sa capacité à vous décevoir, un auteur révéré est d'autant plus humain que ces écrits majeurs comptent une étincelle de génie en plus du talent brut de pages moins exigeantes.

L'incipit (chapitre I) est du même accabit. Orwell y décrit la rue du Coq d'Or (dont on me souffle qu'il s'agit de la Mouffe/rue du Pot de Fer). Admirablement vivant. Colourful, trop ? C'est juste le décor, la vie qui grouille comme les cafards de l'hôtel qu'il décrit, le tout prenant une tournure comique et pas du tout sordide. Comme la pauvreté dans un film de Chaplin : de la compassion pour l'humanité, la vie cachée derrière.

Plutôt que la page 114 je m'attarderai sur le chapitre II qui permet de voir où va le livre une fois planté le décor. L'anecdote racontée par un pilier de bar est très déroutante. Elle démarre sur un mode picaresque pour bifurquer dans le fantastique et tomber dans le sordide. Orwell ne s'y complait pas. Il décrit juste le fond de ce qu'est la pauvreté, la pauvreté mentale, la pauvreté morale. C'est beaucoup plus parlant, et plus rapide surtout, qu'une longue description des personnages malsains, d'une déchéance inexorable. Alors oui, ça manque de mise en perspective, c'est un peu abrupt comme immersion après le décor crasseux et bouillonnant. Mais personnelement je trouve que cette approche particulière stimule la curiosité. Et tant que le style est là... La seule crainte est que tout ceci reste une suite de chroniques vaguement reliées par des personnages, le décor, le thème, ces chroniques que le jeune Eric Blair essayait alors de vendre aux canards entre 1928 et 1929.

lundi 8 novembre 2010

Mon CV dans ta gueule

C'est rare et pourtant il m'arrive de lire des romans récents. Justement, aujourd'hui que Houellebecq peut pavoiser avec son Goncourt, je suis en train de lire un bouquin qui a une dizaine d'années, et dont l'auteur a disparu de la circulation depuis. Mauvais signe. Mais ne commençons pas à trouver des raisons de préjuger :!

J'ai entendu parler de ce bouquin par celui qui était, à l'époque, le responsable littéraire de l'auteur chez son éditeur. Complètement pas hasard donc. Le titre aussi pourrait justifier de tomber dessus par hasard lors de la recherche d'un manuel technique pour écrire un CV. Le titre est fait pour accrocher le lecteur en recherche d'emploi qui aurait besoin d'un exutoire. Là, vu comme ça, c'est du bon marketing, mais voyons sérieusement ce que ce roman format standard (200 et quelques pages) a dans les folios.

Incipit (prologue) pas du tout (mais vraiment pas) convaincant. Le narrateur est à l'asile, procédé introductif bateau pour nous embarquer dans un flashback sur un rythme narratif très tiré par les cheveux, et sur un style très désinvolte-puérile. Personnellement, si je lis ce début de roman sans me fier à McLuhan (69) ou FMF (99), je l'écarte directement et définitivement de ma vue.

Admettons. L'éditeur a aimé ce démarrage, ou n'y a pas vu de problème rédhibitoire. Page 69 (début du chapitre 5/13) le style n'est malheureusement pas plus intéressant. C'est du "easy reading", phrases courtes, phases narratives au fil de la pensée du héros. Ca ferait penser à quelqu'un de bavard, qui parle, qui parle et qui ne réfléchit jamais. Il est pourtant question d'une histoire d'amour page 69. Mais rien ne suscite notre intérêt pour elle ou pour un autre élément de l'histoire.

Bon, peut-être que je suis méchant aujourd'hui. Houellebecq a eu le goncourt alors que je trouve que son talent est plus dans le marketing de sa personne et de sa production, que dans son écriture. Oui, après tout c'est exactement ça le goncourt, et il faut avouer que Houellebecq il fait référence pour ces histoires de narrateurs introvertis et énervés dans leur frustration (pour le moins) socio-professionnelle. Extension du domaine de la lutte ou les Particules élémentaires (ces 2 là m'ont suffit) ne sont pas des chefs d'œuvre mais on est à un autre niveau d'écriture qu'Alain Weg-machin.
Alors disons que le concept de la deuxième chance pour la page 114 n'a pas vraiment de sens. Le style "new age" langage parlé couché à la va vite n'a quasi aucune chance de changer, cependant, qui sait, l'auteur change peut-être de style à mesure que son histoire s'étoffe et se développe... Page 114 donc. L'avantage c'est qu'on touche au sujet du roman (enfin ! on entre quand même dans la 2e moitié, chapitre 9/13) et cette page nous montre qu'on n'est pas beaucoup avancés par rapport au pitch de l'éditeur en 4e de couv'. Pour le reste, le style est toujours aussi indigent, le dialogue entre le narrateur et son (seul) ami complètement insipide. Bouarf.

Conclusion ? Les romans vraiment mauvais ne font jamais illusion, ni à la première, ni à la 69ème page. C'est comme pour les films : si la première bobine (les 10 premières minutes) n'est pas intéressante, il y a extrêmement peu de chance que ça s'améliore. Pour quelqu'un comme moi qui est attaché à la personnalité qu'un auteur va traduire dans un style, ce genre de rédaction pleine d'un enthousiasme gentillet qui joue avec des gros mots (violence, cynisme, humour noir, critique sociale) c'est du pipi de chat. Je pense que les gens qui sont impressionnés par ça ont de sacrés goûts de chiotte et qu'ils doivent regretter que Marc Levy n'ait pas un peu plus industrialisé son process avec un atelier de nègres.

Full disclosure : j'écris ceci une fois arrivé à la page 150. Donc mon recul est nettement plus important qu'à la simple lecture des pages citées. Donc ce post est plus une critique en bonne et due forme qu'un "test d'achat". Mais ce test proprement effectué m'aurait évité de perdre mon temps à lire ce truc. Après, bon, je dois être dans ce contexte de "sur-disponibilité intellectuelle" (travail, vie répétitifs, pas de stimulation des neurones), une situation certainement trop courante chez les gens et qui se rapproche de ce que Desproges décrivait dans sa chronique de la haine ordinaire Baffrons.
Ce qui est paradoxal c'est que je vais certainement finir ce livre (EDIT: c'est fait) alors que je trouve ça très faible. Pourquoi ? "Easy reading", tout s'enchaine (ou plutôt se dévide) très vite et il y a un vague suspense morbide dans le fond de l'histoire. Inutile de dire que par rapport au pitch qui me laissait espérer un trip virulent genre American Psycho, avec peut-être un style trop franchouilleux, je suis remonté. Non, ça ne manque pas seulement d'ambition, ça manque de talent.

jeudi 30 septembre 2010

Test de la page 99

J'apprends aujourd'hui qu'avant Marshall McLuhan, Ford Madox Ford (qui n'est pas mort à 99 mais 63 ans) avait lui proposé l'idée du test de la page 99. L'article en lien résume très bien la logique et l'intérêt du test.

Il n'est pas question de débattre de quelle page est la plus pertinente pour ce sondage de lecture : 69, 99... 114, l'idée générale est là. De même que chacun a sa propre personnalité, sa propre expérience et ses propres attentes de lecteur, chacun peut avoir son numéro fétiche pour sonder une lecture potentielle. Disons qu'entre 69 et 99 toutes les pages peuvent remplir le même office, et d'ailleurs entre deux éditions d'un même livre la page 69 et la page 99 peuvent très bien correspondre au même passage de l'intrigue.

mercredi 15 septembre 2010

Millénium 3 : The Girl who kicked the Hornets' Nest

Mon approche du test de la page 69 sur le tome 2 de Millénium n'était pas complètement objective. J'étais déjà bien avancé dans la lecture et comme la trame y est beaucoup plus décousue que dans le premier tome, j'étais assez déçu. OK, le tome 1 n'était pas un chef d'œuvre, simplement un très bon thriller faisant de l'original avec des éléments éculés du polar. Ce qui est déjà en soi un tour de force. Stieg Larsson écrivait ça pour le plaisir, et si son héros (voire son style) est plus fadasse que chez James Ellroy, l'intrigue, elle, n'avait rien à envier aux spécialistes du genre.

Bref le tome 2 est largement en dessous. La trame est transparente, Stieg Larsson fait mine de la compliquer en multipliant les niveaux de narration (Blomkvist, Salander, le staff de Millénium, le staff de la police, le grand méchant blond, les vieilles connaissances de Salander...), ce qui n'est déjà malheureusement pas magistral, et surtout en diluant une action qui recourt à la violence plus souvent que le suspens ne le demandait. Le test de la page 69 en était révélateur : celui qui ne cherche qu'une lecture facile n'y trouvait rien à redire. Le lecteur plus critique pouvait y déceler des raisons d'éviter de perdre son temps.

Et puis tout est résumé dans le premier chapitre du tome 3 que je vais maintenant tester sans autre a priori.

Petite déception, pas de prologue appétissant cette fois-ci mais une plate continuité avec la fin du tome 2. Autant Stieg Larsson paraissait aimer jouer avec les ellipses, autant cette approche ressemble à de la paresse. L'incipit est donc loin d'intriguer autant que dans les deux précédents volumes. De plus on a droit au point de vue d'un chirurgien urgentiste qui ne nous fait certainement pas avancer plus loin dans ce que sera le cœur de l'intrigue de cette dernière aventure. Le titre original, bien rendu dans la traduction française, La Reine dans le palais des courants d'air (une traduction littérale de l'original serait "Le château en Espagne qui a été rasé"), est nettement plus engageant que ce début d'intrigue complètement quelconque.

Mais nous savons bien que, pas plus qu'aux quatrième de couv', il ne faut pas se fier aux débuts de roman. La page 69 (fin du chapitre 3 - partie I) comporte des éléments standard d'un polar. L'action est induite dans les deux passages de la page : le rythme de la narration est bon. Rien de très intriguant (heureusement d'ailleurs, sinon il y aurait risque de spoiler), mais on semble être dans le bon tempo.

La page 114 (partie I toujours, milieu du chapitre 5 sur 7) vient-elle confirmer cette impression ? On tombe sur un passage laissant supposer que l'intrigue se tourne largement vers une histoire d'espionnage, ou plus précisément une enquête sur les services spéciaux suédois, comme le passé de Zalachenko le laissait imaginer. Le côté mystérieux est là en tout cas dans une déclinaison très films de complots des 70s avec "révélations sur des pouvoirs occultes".

En ce qui concerne mon expérience de lecteur la matière a l'air d’être là mais rien de très enthousiasmant. Lassitude après un premier tome mieux ficelé ? Lassitude pour ces 2 héros finalement très sommaires donc peu attachants ? Ou est-ce juste que la maitrise romanesque et le style ne prennent pas le relai de la curiosité sur la durée ? En tout cas tout ça me semble moins original.
Verdict sur la valeur du test des pages 69-114 à la fin de ce dernier pavé de la trilogie Millénium.

EDIT 23/9 : Ce tome 3 était finalement le meilleur (et le plus long d'ailleurs) malgré le fait que le suspens est relativement limité (nos héros ont assez vite, et de plus en plus, de l'emprise sur l'histoire). Quelques surprises ajoutent une grosse dose d'action mais l'essentiel se lit comme une enquête passionnante : ce n'est pas la conclusion qui nous intéresse mais les détails pour comprendre l'engrenage caché derrière des manifestations dramatiques. Le tome 2 était lui assez anecdotique.

mardi 7 septembre 2010

Millénium 2 : The Girl Who Played with Fire

Même en s'approchant du titre original - La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette - les marketeux anglais ont trahi l'auteur. L'image est pourtant précise et apparaît dès les premières pages. Cet incipit démarre d'ailleurs sur les chapeaux de roue puisque l'héroïne s'y trouve dans une très mauvaise posture qui nous ramène aux moments les plus tendus du tome 1. Mais...

Mais, en réalité, ce tome 2 ne démarre pas avant le premier quart, ce qui fait tout de même plus de 180 pages sur 700+. Déjà le tome 1 était lent à démarrer, il fallait se goinfrer les 60 premières pages (sur 550 dans mon édition anglaise) avant que l'intrigue ne démarre. Dans ce tome 2 c'est d'autant plus long qu'il n'y a plus aucun effet de surprise lorsque le gentil récit journalistique se prend une grenade à fragmentation dans la face. Certes l'auteur nous concocte un petit mystère qui débouche sur une enquête méthodique, finement découpée, mais servie sur un rythme tiédasse, un peu laborieuse vu les infos qu'on a déjà accumulées depuis le début du roman.

La page 69 tombe donc en plein dans le ventre mou proéminent du roman. Permet-elle au lecteur-échantillonneur, donc avare de son temps, de se faire une bonne idée de ce qui l'attendrait ? Nous sommes à la fin de la partie 1 (chapitre 3). Soit dit en passant l'auteur choisit comme gradation dans le titre de ses parties des équations mathématiques sommaires progressivement plus "complexes". Puéril et faiblard puisqu'il nous dit dès la première partie que Salander s'intéresse à démontrer le théorème de Fermat.
Nous sommes dans les Antilles et une grosse tempête arrive. Gros temps donc et gros suspense météorologique. Superficiellement il y a de l'action et on peut se laisser bluffer (Stieg Larsson avait peut-être réfléchi à proposer un peu d'action entre les pages 60 et 80...) mais à y réfléchir d'un peu plus près, il n'y a pas cet élément exogène un peu mystérieux, ce côté oreille qui traine pour prendre la conversation en route. L'action est nue au milieu d'un décor dont font partie les personnages autour de Salander.

A la page 114 le roman n'est toujours pas lancé, est-ce que l'impression générale à ce point diffère de ce qu'on peut trouver (superficiellement ou pas) à la page 69 ? Nous sommes au milieu du chapitre 5 et en pleine exposition de l'enquête sur les réseaux de prostitution. Rien à dire, autant la page 69 montre qu'on s'égare un peu sous les tropiques pour commencer, autant le ton de l'histoire est parfaitement donné page 114. Ceux qui trouvaient le tome 1 trop violent comprendront qu'ils feraient mieux de passer leur chemin. Ceux qui réfléchissent un peu se diront qu'il n'y a pas grand chose à écrire de neuf dans un contexte policier sur la prostitution. Réseaux donc maffia, donc violence, hommes politiques et haut fonctionnaires impliqués qui étouffent les affaires en jouant double-jeu... Bref, le style et la mécanique narrative ont intérêt à être à la hauteur. Quand je pense que certains ont du se goinfrer ça dans la traduction française lourdingue car bâclée pour des impératifs commerciaux...

Millénium 2 a l'air moins original que le premier tome, moins resserré dans son intrigue aussi. Ceci dit, pour en avoir lu plus de la moitié déjà, je dois dire que la mécanique fonctionne. C'est dû en grande partie à l'enquête policière avec sa ribambelle de personnages, un peu manichéens certes mais qui permettent de prendre un peu le large d'avec le pâlichon Blomkvist et son équipe de boy-scouts. Tout ça n'est pas magistral, mais on continue à consommer en client fidèle.

jeudi 26 août 2010

Millennium 1

Maintenant que les trois tomes adaptés sont sortis au cinéma en France, et qu'on parle de l'adaptation US de ce best-seller surprise (?) de ces dernières années, je vais pouvoir me pencher dessus.

L'auteur est suédois (Stieg Larsson 1954-2004) mais la traduction française me semble du genre pénible. On peut discuter des lourds exemples cités, mais quand l'expression en français n'est pas heureuse ça détourne l'attention de l'histoire originale. En plus Actes Sud a profité du succès pour ne pas sortir de version poche avant ce mois de septembre (en encore juste le premier tome, et à plus de 10 euros...) alors que la traduction anglaise est disponible en paperback aux alentours de 6 euros depuis au moins 2 ans : l'avidité n'est jamais bonne conseillère en marketing.

Ceci dit le titre français du tome 1 est l'exacte traduction de Män Som Hattar Kvinnor soit Les hommes qui n'aimaient pas les femmes. Assez mystérieux. En anglais on fait un peu trop de marketing peut-être en préférant se concentrer sur le personnage de Lisbeth Salander : The Girl with the Dragon Tattoo, approche intéressante mais qui ne respecte pas la manière originale de titrer les histoires.

L'incipit (prologue) est un très bon début de thriller avec l'évocation d'un envoi mystérieux et récurrent et la perspective d'une enquête sur la signification de ce message d'anniversaire.

La page 69 (chapitre 4) est très riche en information sur des personnages, mais même sortie du contexte de la lecture linéaire on y croit, on est captivé par l'information générale qui se construit et les éléments concrets intéressants qui y participent.

La page 114 (début du chapitre 7) nous amène plus directement sur la trâme de l'histoire : un reportage-enquête qui s'annonce très délicat pour le héros Mikael Blomkvist et son magazine Millennium.

Avec le côté exotique d'un polar suédois ce petit échantillonnage m'incite à me plonger dans ses 554 pages qui me semblent potentiellement se lire d'une traite. Verdict sous peu donc.